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 Love is always showing where you least expect it. (bellamy)


 :: miami beach :: Est de la ville

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NEW YORK CITY
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Sujet: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Lun 12 Juin - 21:03
Love is always showing where you least expect it.

Bellamy
&
Andrea

Ca faisait quelques semaines à peine qu'il était à Miami. Il avait même un peu le mal du pays, San Francisco lui manquait. Tout compte fait, il y avait vécu trois ans, seul, avec ses petites habitudes. Son café préféré, là où il aimait s'installer pour bosser ses cours sans se faire emmerder. Son petit coin de plage un peu isolé, loin des touristes. Et son appartement pas bien grand, mais avec des fenêtres immenses qui laissaient entrer la lumière. Disons qu'ici, à Miami, il n'était pas à plaindre, au contraire. L'appartement dans lequel il s'était installé était mieux que son ancien, les plages étaient tout aussi belles, et il y avait des cafés par dizaines. Et évidemment, outre tout cela, ça avait été son choix de venir ici, quitter sa Californie pour le soleil tout aussi brûlant de Miami, et tout ça parce qu'il avait appris que Bellamy se trouvait ici. Il était comme un souvenir presque omniprésent qui s'échappait le temps de quelques heures, quand son esprit était occupé à autre chose, pour revenir dès qu'Andrea avait un instant de vide. Il n'avait jamais oublié Bellamy, n'avait jamais fait le deuil de leur relation non plus. Il avait failli, dans des moments de faiblesse, enfermé avec des gens qui se considéraient être médecins. Mais au final, il n'avait connu personne depuis Bellamy, ne s'était attaché à ce point-là avec personne. Venir ici pour le retrouver, c'était une décision prise sur un coup de tête, impulsivement, alors que c'était loin d'être son genre à Andrea. Il était quelqu'un de calme, de posé, qui aimait prévoir les choses à l'avance et ne rien faire dans la hâte. Mais visiblement, Bellamy avait le pouvoir de secouer tous ses principes et ses habitudes. Et voilà Andrea, perdu dans Miami, seul ou presque, les seuls amis qu'il ait aujourd'hui étant des camarades de l'association dans laquelle il était engagé. Les quelques connaissances qu'il avait pu se faire à l'université ne comptaient pas pour des amis, tant il leur avait peu parlé. Il était venu ici pour retrouver Bellamy, rempli de courage et de fougue sans doute, et voilà qu'il perdait du temps à hésiter. Il savait où le trouver, il avait réussi à avoir l'adresse d'un café où il passait parfois. Il n'aurait qu'à se pointer là-bas et attendre, se pointer encore et encore jusqu'à ce qu'enfin Bellamy vienne commander un café. Maisnon, maintenant, il était mort de trouille. Pourtant, il aimait bien se dire qu'il était fort et courageux, qu'il n'était pas du genre à fuir ou à laisser traîner une situation dans le but que le problème serait plus attrayant d'ici quelques jours. Mais une fois de plus, c'était Bellamy, et rien n'allait exactement dans le bon sens lorsqu'il faisait partie de l'équation. Tout ça, en plus de son emploi du temps un peu chargé, n'avait fait qu'augmenter son stress, et ses médicaments n'y faisaient pas grand-chose. Du coup, il décida de faire ce qu'il avait pourtant abandonné depuis longtemps, mais tant pis. Les cigarettes ne faisaient rien pour lui, et il y avait quelque chose dans l'idée de fumer un joint qui lui rappelait Bell. Peut-être que quelques bouffées embrumeraient son esprits de souvenirs pendant assez longtemps pour qu'il puisse passer quelques heures tranquille et sans se demander comment il allait faire face à Bellamy, ce qu'il allait lui dire... Tout ça. Obtenir le numéro d'un type qui en vendait de la bonne fut facile, le truc le plus simple du monde. A croire que ça faisait partie des rites obligatoires de tout bon étudiant. L'échange par textos fut simple lui aussi, rien qui ne sorte de la norme, rien d'inattendu, tout se déroula exactement comme il pouvait s'y attendre, jusqu'au lieu du rendez-vous. Derrière un restaurant italien, dont l'adresse fut donnée par le dealer auquel il parlait. Andrea partit avec un tout petit peu d'avance, parce qu'il ne connaissait pas encore bien la ville, et qu'il ne voulait pas se perdre et arriver trop tard. Par respect pour ce type qu'il ne connaissait même pas, mais il avait des principes, il aimait être ponctuel. Evidemment, sous le soleil couchant, il avait cinq minutes d'avance, et comme il n'était pas non plus du genre à vouloir être en avance, il acheta un petit truc à manger dans ce fameux restaurant et grignota rapidement. Il était pile l'heure lorsqu'il passa le coin et avança dans la petite rue en direction du type qui attendait là. C'était forcément lui, il n'y avait pas de doute à avoir. Andrea glissa sa main dans la poche gauche de son jean, là où les billets étaient prêts à être échangés. Le mec qui l'attendait était fin, pas très imposant, et c'était surement ses tendances obsessionnelles qui parlaient lorsqu'il se dit qu'il y avait quelque chose de Bellamy dans ce physique et cette façon de se tenir. C'était idiot. Il avança vers lui, et il faisait sombre, le soleil était presque couché désormais. La rue était éclairée par les lumières des bâtiments environnants, et quand Andrea arriva à quelques mètres de son dealer, il ouvrit la bouche pour parler mais s'interrompit avant même de prononcer un seul mot. Le mec venait de relever la tête vers lui, et putain de merde, c'était lui. Ca ne devrait pas être choquant ou surprenant, et pourtant, il était là comme un idiot. « Bellamy... » il articula simplement. Peut-être qu'il hallucinait, que le mec allait froncer les sourcils et le prendre pour un dingue. Mais vraiment, ce n'était pas si incroyable que ça. S'il y avait des dealers à Miami, que Bellamy était à Miami, c'était simplement logique que l'un de ses dealers soit Bellamy. Mais Andrea resta planté comme un con, totalement pris de cours.

✱✱✱


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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Mer 14 Juin - 19:54
Love is always showing where you least expect it.

Bellamy
&
Andrea

Au début, ç’avait presque paru normal. Au début, je n’avais pas vraiment réagi. Pendant un infime moment, quelques millièmes de secondes tout au plus, j’étais de retour à Tijuana, quatre ans plus tôt. La cicatrice qui me lacérait l’abdomen n’existait plus et je n’étais plus le vieux con aigri que j’étais aujourd’hui. Mes mains ne tremblaient pas par l’effet du manque, car quatre ans plus tôt, j’étais encore un camé qui prenait sa dose régulièrement. C’était un mirage, ou du moins c’est ce que je crus, et je me pris au jeu ; c’était juste un jeune homme qui marchait vers moi, un jeune homme étrangement familier qui lui ressemblait. J’avais tellement espéré que ce rêve imbécile se réalise que j’avais laissé mon imagination faire le reste, pendant cet infime instant hors de toute temporalité. J’avais rembobiné la grotesque ronde du temps sur elle-même, et voilà que j’étais Bellamy, et que là était Andrea. Et ça m’avait semblé normal, ce mirage était tout ce qu’il y avait de plus naturel. Parce que nous l’étions, n’est-ce pas ? Andrea et moi. C’était une évidence, non ? Ces mêmes petites paroles insipides et stupides, que je me répétais niaisement quatre ans plus tôt quand il s’endormait à mes côtés, ces mêmes paroles me revenaient en mémoire. Elles semblaient danser dans mon esprit, tandis que le type approchait. Et je ne me rendis pas tout de suite compte que le mirage n’était rien d’autre que la réalité. Je continuais de croire que ce n’était mon imagination, qu’encore une fois je m’étais fait avoir par la coiffure d’un type ou par un visage juvénile qui me rappelait désespérément celui que j’avais aimé. Après tout, ça n’était pas la première fois que ça m’arrivait. Il suffisait d’un moment d’inattention dans les transports pour que je me remette à imaginer ce que la vie aurait pu être, si Andrea et moi ne nous étions jamais séparés. Évidemment, j’aurais aimé que rien ne se finisse de cette façon, et pourtant, sans cela, Charlotte ne serait jamais venue au monde, et je n’aurais pas connu Hannah - et même si notre histoire était aujourd’hui terminée, j’avais passé de très bons moments avec elle. Et malgré tout, Andrea, toujours lui, me revenait en tête ; qui aurais-je été, où serions-nous ? Des questions qui demeuraient sans réponses, et que je chassais bien vite de mon esprit, généralement. À quoi bon se poser ce genre de questions, quand j’étais persuadé de ne jamais plus le revoir. Ses parents avaient dû le chasser, après ce qui nous était arrivé, ou du moins ils avaient quitté la ville. Depuis, silence radio.

Silence radio, et pourtant il était toujours là, dans un petit coin de ma tête et dans un petit coin de mon coeur. Omniprésent alors que j’aurais tout fait pour m’en débarrasser. C’est sûrement pour cela que je mis un temps fou avant de me rendre compte qu’aujourd’hui, ce n’était pas juste mon imagination. Que non, ce n’était pas encore un de ces putains de mirage à la con qui me fendaient le coeur. Non, aujourd’hui, c’était vrai. Ce gars, avec qui j’avais échangé par sms et qui voulait de la beuh, ce gars c’était lui. Je manquais de perdre l’équilibre, alors que j’étais adossé contre le mur, un simple pull sur le dos et mes lunettes sur la tête. Ouais, j’étais myope d’après le médecin. Et tout sembla disparaître. Ce fut violent, ce moment où je me rendis compte qu’il était bien là, qu’Andrea était là, que je l’entendis m’appeler. C’était sa voix, c’était lui. J’étais déboussolé, et je me redressai, comme instable, puis fis quelques pas en arrière avant de revenir vers lui. C’était lui, c’était son air enfantin et ses éternels cheveux en bataille, c’était lui tout entier. Je crus pendant quelques secondes que c’était le manque, que j’en étais arrivé au stade des hallucinations, et pourtant non ; tout m’indiquait que c’était bien réel. Et je peinais encore à y croire. J’avais tant imaginé cet instant, dans mes rêves les plus extravagant, tout en étant pertinemment convaincu que jamais il n’arriverait. Sauf que si. Et je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas quoi dire. Quatre ans avaient passé, cinq depuis notre rencontre. Cinq ans et toujours pareil, je me retrouvais encore comme un couillon à pas savoir quoi dire, quoi faire. J’aurais dû lui dire de dégager, que j’étais passé à autre chose et qu’il pouvait dire à son frère d’aller se faire voir, mais à quoi bon faire semblant ? À quoi bon jouer les durs alors qu’Andrea me connaissait - l’un des seuls qui me connaissait, d’ailleurs ? À quoi bon mettre des barrières, quand de toute façon il les ferait toutes exploser ?

Un petit rire nerveux me secoua, un peu. Presque par instinct, je posai ma main sur mon ventre, là où Hamri m’avait touché. La scène hantait encore mes nuits, et celles de ma mère. Je ne savais pas quoi faire tant la scène me paraissait irréelle. Et ce qui me paraissait encore plus étonnant, c’était cette faiblesse face à lui, comme si je n’étais plus rien, comme s’il n’y avait plus que lui. Cinq ans. Un sourire quasiment niais se dessina sur mon visage, avant de s’effacer, mais je ne pus le retenir très longtemps. J’étais con et je n’aimais pas ça. « Salut » Cela faisait cinq ans que cet abruti d’Andrea était venu m’acheter de la beuh, et cinq ans que je m’étais foutu de lui parce qu’il n’avait pas la tête de l’emploi. C’était il y a cinq ans que ma vie avait été bouleversée. « Hm, tu veux acheter de la beuh, alors ? » Je sortis un pochon de ma poche arrière, et le lui tendis. « Andrea » Je ne savais pas vraiment pourquoi je disais son nom comme un idiot. C’était peut-être la première fois depuis toutes ces années que je prononçais sur nom. Je devais avoir mille questions à lui poser, mais je n’arrivais pas à articuler. Tout cela me semblait encore si… irréel.
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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Jeu 15 Juin - 2:18
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Peut-être qu'il le rêvait. Oui, ça devait être ça. Il n'avait pas acheté de drogue depuis cette époque-là, depuis ce soir-là, en fait. Il lui était arrivé de fumer, ces dernières années, depuis qu'il était à l'université, mais les joints étaient toujours venus à lui. Pas l'inverse. En fait, la seule fois où il était parti lui-même à leur recherche, ça avait été ce jour où il avait rencontré Bellamy, et les soirs qui suivirent. La drogue avait son goût à lui, de toute façon. Elle n'avait jamais vraiment intéressé Andrea, mais il y revenait parfois parce qu'elle avait son odeur à lui. C'était peut-être un peu triste, que le parfum de la weed soit lié ainsi à Bellamy dans ses souvenirs, mais il s'en foutait. Il avait regardé des potes rouler avec précision et ça lui avait rappelé si distinctement des soirées passées à deux, à moitié nus, dans un nuage de fumée. Puis, le joint entre ses doigts et entre ses lèvres, le picotement déchirant du cannabis, et c'était si facile de rêver des doigts de Bellamy dans son dos, le long de sa colonne, glissant sur sa peau d'un air absent. Il les sentait presque, à chaque fois, et pourtant il n'y avait ni Bellamy, ni les draps, ni leurs corps nus, ni rien d'autre qu'un banc et une bande de potes. Mais la drogue c'était Bellamy malgré tout, et jamais il ne serait capable de penser à autre chose au moment précis où il se pourrissait les poumons. Sans même aimer la sensation d'ailleurs, juste parce que ça avait quelque chose de Bellamy. Mais ce soir, dans cette rue déserte, ça ressemblait tant à cette première soirée, et cette idée-là ne lui vint pas de suite, pas au moment où il marchait, pas au moment où il vit le type et lui trouva quelque chose de familier. Non, le rapprochement lui arriva en plein dans la gueule au moment où il le reconnut. C'était dingue, et très franchement, il aurait pu ne pas y croire, cligner des yeux, se foutre des claques pour se tirer de ce rêve, courir chez son médecin et lui dire que les cachets qu'il lui avait prescrits n'allaient pas du tout et qu'il fallait changer à tout prix. Sauf qu'il sut presque immédiatement que c'était vraiment lui. Ce n'était pas complètement dingue, et c'était le destin, probablement. Andrea y croyait un peu, au destin. Parce que si Bellamy et lui avait eu la chance un jour de se rencontrer, il fallait bien que le destin y soit pour quelque chose. Et maintenant qu'il avait passé des semaines à retarder ce moment, le destin s'en était mêlé. C'était couru d'avance en fait, c'était forcé que quelque chose comme ça se produise. Mais ça n'en restait pas moins impressionnant, renversant, déstabilisant. Il savait très bien que Bellamy était dans le coin, quelque part dans cette ville immense, il était là. Il s'était demandé, pendant des nuits d'insomnie, allongé à fixer le plafond. Qu'est-ce que tu fais, où tu es, avec qui ? Alors, ça faisait définitivement sens de le retrouver là, dans une rue mal éclairée, à dealer de la drogue, tout seul. Ils auraient été cinq ans plus tôt tout aurait été identique. A quelques tatouages près, quelques cicatrices près, quelques centimètres aussi peut-être. Peut-être que d'ici cinq secondes exactement, Andrea apprendrait que tout avait changé en fait. Qu'à part la drogue et la ruelle, rien n'était plus pareil. Que Bellamy était en couple, avec des gamins, et un job, un vrai. Et qu'il ne s'appelait plus Bellamy, qu'il avait changé de nom, pour une raison ou une autre. Peut-être. Mais en tous cas, là, à cet instant exact, tout était exactement comme ce soir-là cinq ans plus tôt. Il prononça son prénom en premier, et le temps s'étira. C'était long et trop court, le temps pour Andrea de repérer chaque petit mouvement, chaque tic, de les reconnaître aussi. Mais bien trop court pour les interpréter ou en penser quelque chose. Un petit rire, léger et à peine perceptible puis si vite avalé. Et un sourire dans le même genre. Une main sur son ventre, et certainement que sans tout le côté hypnotisant de la chose, il aurait fait le lien et ça aurait réveillé le sentiment de culpabilité qu'il avait en lui depuis ce jour-là. « Salut » il lui sortit, comme ça, normalement. Salut. Evidemment. C'était hilarant, c'était tout à fait lui et qu'est-ce qu'Andrea avait bien pu espérer d'autre que ça. Un vieux "salut" tout pourri et pourtant il n'avait jamais aimé ce mot à ce point-là. « Hm, tu veux acheter de la beuh, alors ? » Toujours la même tête à claque. Comme si tout était facile pour lui, même là. Et il avait ce pouvoir, ce truc complètement magique, qui faisait que les doutes et les inquiétudes d'Andrea s'étaient évaporés sans même qu'il ne s'en rende compte. Il s'en foutait des quatre ans creusés entre eux, il n'avait peur de rien. C'était l'effet Bellamy, ça. La tension s'était envolée de ses muscles, et doucement, un sourire en coin s'étira sur ses lèvres. Bellamy lui tendit le sachet. « Andrea » il dit en association à son geste. Ca n'avait même pas de sens, c'était peut-être pour tester, pour voir ce que ça donnait dans sa bouche après tout ce temps. Et ça faisait si longtemps qu'Andrea n'avait pas entendu cette voix prononcer son nom, avec ses intonations particulières, sa façon de placer sa voix, le son si particulier et reconnaissable entre mille. Le sourire sur ses lèvres s'élargit un peu, et il tira hors de sa poche les billets. Ils avaient fixé par texto le prix pour la quantité qu'il voulait, histoire que l'échange se fasse rapidement. Ca n'avait rien de rapide au final, mais tant mieux. Il récupéra doucement le sachet, ses doigts effleurant ceux de Bellamy, son regard ne quittant pas le sien. C'était léger, le contact à peine établi, mais il n'était pas sût de pouvoir en supporter davantage, de toute façon. Andrea déposa  les billets délicatement dans le creux de la main du jeune homme. Et voilà, le deal était conclu, c'était fait, terminé. Le moment où chacun était censé repartir de son côté. Sauf que c'était Bellamy, alors il n'en était pas question. « Tu veux... » il commença, mais s'interrompit. Il allait lui proposer de la fumer avec lui, mais non. Il n'avait plus exactement envie de fumer, et il avait envie d'avoir l'esprit clair surtout. Il ne voulait pas perdre cette soirée précieuse, il voulait être là et complètement là. Il marqua un silence, parce que sa phrase s'était coupée et perdue dans le vide et tout semblant d'éloquence qu'il ait pu avoir venait de se noyer pitoyablement. « Tu m'as manqué » il lâcha finalement, brutalement honnête, parce qu'Andrea n'avait jamais été vraiment du genre à masquer ses sentiments, à mentir, à les dissimuler ou se cacher derrière une épaisse carapace d'indifférence. Il avait la peau dure, mais aussi un peu à force d'assumer les choses, au lieu de les enfermer. Les mots sortirent donc sans qu'il ne passe par quatre chemins, juste comme ça, simplement, et venant droit du coeur. « Tu veux aller bouffer un truc ? » il proposa ensuite, ne s'attardant même pas sur ce qu'il venait de dire et sur l'effet que ses mots pouvaient avoir, et subitement, il retournait à ce qu'il y avait de plus trivial. La drogue, puis la bouffe. Entrecoupées par l'aveu du manque dévorant qui avait pris place pendant quatre longues années sans lui dans sa vie. Aveu assumé et balayé alors que d'un bref coup d'oeil il désignait le restau italien au coin, et recentrait immédiatement son regard sur Bellamy.

✱✱✱


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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Lun 19 Juin - 0:45
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Bellamy
&
Andrea

La réalité me mit une grande claque dans la figure. C’était presque dur de voir ce moment, que j’avais tant imaginé et fantasmé, se réaliser, enfin. L’idée de revoir Andrea un jour n’était même plus de l’ordre de l’espoir, à mes yeux, mais du rêve, dans la mesure où il me semblait que jamais plus nos chemins ne se recroiseraient. J’en étais persuadé. Notre amour, si beau, si pur, si indispensable qu’il avait été, nous avait brisé. Je ne regrettais rien de tout ce que nous avions vécu, mais l’amour fut puissant, et la chute terriblement difficile. Il me fallut des mois et des mois pour me reconstruire - et je ne pouvais pas parler pour Andrea, mais je me doutais que la révélation de sa relation homosexuelle n’avait pas du être facile à avaler pour sa famille. La preuve, son frère avait tenté de me tuer. Malgré tout, aujourd’hui, Andrea se tenait devant moi, et ça n’était plus un rêve, ça n’était plus un fantasme ni même un espoir. Après quatre années, j’avais même cessé d’espérer. Oh, la flamme était pendant longtemps restée allumée dans mon coeur. Pendant trop longtemps j’avais espéré, parce que l’espoir est difficile à abattre, il est tenace et combattif. D’aucuns disent même qu’il est impossible d’étouffer sa flamme. Mais je m’étais fait à l’idée. Je m’étais résolu. Andrea était de l’histoire ancienne, un merveilleux pan de mon passé aujourd’hui révolu. Je m’étais habitué à ce trou dans mon coeur, à ce vide dans ma vie. Tout avait été délicieusement douloureux ; douloureux parce qu’il me manquait des réponses, il me manquait une fin, une conclusion, celle que notre relation n’avait jamais connue et qu’on avait cherché à nous imposer ; délicieux, car ce manque était le seul moyen qu’il me restait de me retrouver près d’Andrea, encore une fois. C’était dans mes cauchemars que je le retrouvais ; c’était quand le poignard d’Henri et son visage apparaissaient pendant mes insomnies que celui d’Andrea venait m’apaiser. Son visage, terrifié par l’horrible accident, mais son visage tout de même. Finalement, le temps avait fait son affaire, et j’avais cessé d’espérer. J’avais arrêté de souffrir ; ou du moins, une autre souffrance, douce amère, avait remplacé l’ancienne, lancinante et déchirante. Andrea n’était plus là et s’était habitué à son absence ; j’avais fait mon deuil, avais enterré tout ce que j’avais pu ressentir pour lui dans un petit coin de mon coeur et avais continué mon petit bonhomme de chemin, une plaie toujours ouverte mais ignorée au fond de moi.

Mais tout disparaissait, ou plutôt réapparaissait avec ce visage tendre et juvénile. Toute ma douleur, mes traumatismes et mes appréhensions s’évanouissaient et tout ce que j’avais essayé d’oublier resurgissait avec une puissance infinie et superbe. Quand j’espérais encore, j’avais souvent pensé que le voir revenir dans ma vie me ferait péter un plomb, et que j’allais sûrement m’enfuir, lui renfermer la porte au nez et jamais plus la lui ouvrir. Quel imbécile avais-je été. Comme si j’avais un jour pu résister à son sourire carnassier…! Les années passées disparurent, et c’était comme si tout cela n’avait jamais eu lieu. J’oubliais Hamri, j’oubliais le procès, j’oubliais tout. J’oubliais que plusieurs années s’étaient écoulées et qu’Andrea n’était peut-être pas le même qu’avant, que peut-être avait-il un copain ou une copine pour ce que j’en savais, que peut-être me détestait-il pour avoir détruit sa famille, que peut-être le Andrea que j’avais connu et aimé avait disparu. Plus rien ne comptait, le monde autour de nous semblait s’être évanoui. Je n’y pensais pas, et ce malgré la douleur muette qui me transperçait l’abdomen, résidu d’un traumatisme physique pas vraiment élucidé. Je souriais comme un imbécile et parlais sans trop réfléchir à ce qui sortait de ma bouche, sans filtres, sans rien. Je ne me souciais de rien avec lui, je ne me souciais pas de m’enfuir dans ma carapace. Il était peut-être le seul avec qui j’étais ainsi, complètement moi-même, ou peu s’en fallait, parce que nous avions tout vécu ensemble. Les meilleures choses, comme les pires. Je lui tendais le pochon de beuh qu’il avait commandé, le regardant pendre au bout de mon bras d’un air un peu ébahi et abruti. Pendant tout ce temps, j’avais échangé avec Andrea sans le savoir. Au fond, peut-être avait-il mieux fallu que je n’en sache rien - le contraire m’aurait sûrement fait paniqué. J’aurais réfléchi, je me serais demandé si ça n’était pas un canular, j’aurais tout gâché. Mais là, face à lui, tout s’estompait. Tous mes doutes, mes appréhensions. Rien n’existait plus, si ce n’était lui, et ce même si j’avais toujours l’impression que ça n’était pas vrai, qu’il ne pouvait pas vraiment se tenir là, debout devant moi, à Miami.

Pourtant si, et Andrea tira de sa poche quelques billets qu’il me tendit ; et un frisson me parcourut l’échine quand l’échange se fit et que nos mains se frôlèrent. C’était un contact léger et sans ambiguïté ; je me sentais pourtant indéniablement attiré par lui. J’avais envie de prendre cette main et de ne plus la lâcher, plus jamais, maintenant que je l’avais retrouvé. Je ne fis toutefois rien et n’esquissai pas un geste de plus, me contentant de le regardant avec insistance et un sourire sur le coin de mes lèvres. Il me fallait user de toutes mes forces disponibles pour retenir le sourire béat et niais qui menaçait à tout moment de fendre mon visage. J’étais curieux de savoir ce qu’il allait dire. Car tout était maintenant si similaire à ce moment, cinq ans plus tôt, où nous nous étions rencontrés ; c’était si similaire que ça en devenait enivrant. « Tu veux... » Il me termina pas sa phrase. Un bref regard qu’il porta au pochon me fit comprendre ce qu’était son idée, mais je le connaissais. En vérité, il n’avait pas envie de fumer, parce qu’il n’avait jamais vraiment accroché à la drogue. Je l’avais toujours su, il n’avait jamais apprécié la défonce comme moi. Il avait fumé, quand nous étions ensemble, mais peut-être plus pour me suivre dans mon délire de toxico que pour une autre raison. « Tu m'as manqué » Le sourire niais que je tentais de retenir explosa un peu sur mon visage, et je tâchai de me reprendre rapidement, ne voulait pas passer pour un imbécile devant lui. Mais je lui avais manqué. C’était presque trop beau pour être vrai. Mes derniers doutes s’envolèrent ; parce qu’Andrea avait pensé à moi, parce que peut-être avait-il lui aussi espéré que l’on se revoit un jour. Peut-être ne m’avait-il jamais vraiment trop détesté pour ce que je lui avais fait. « C’est peu dire » me contentai-je de répondre, avec l’air d’un abruti qui tenter de réprimer son sourire d’imbécile heureux, un imbécile pas vraiment prêt à avouer à quel point Andrea avait pu lui manquer - il m’avait fallu plusieurs mois pour m’en remettre, pour retrouver peu à peu le sommeil, et plusieurs années avant de pouvoir ré-entamer une relation normale avec quelqu’un d’autre. Mais ça, je ne serais probablement jamais capable de lui avouer. Pas maintenant, en tout cas, pas si tôt. « Tu veux aller bouffer un truc ? » Je souris, encore une fois, encore un peu plus fort. Parce que c’était naturel, en fait, entre lui et moi, c’était simple. Y’avait pas vraiment gêne. Y’en avait jamais eu en vérité. « Ouais. J’ai la dalle » répondis-je simplement. On se mit en marche, lentement, sans se presser, comme pour faire durer cet instant encore un peu plus longtemps. C’était ce que je voulais, en tout cas. Étirer le temps, profiter de ce moment si précieux à mes yeux. Andrea marchait à côté de moi, et je restai un peu en retrait derrière lui, l’observant silencieusement. Je voulais réaliser pleinement qu’il était là à mes côtés, que sa présence était toute tangible, toute réelle. « J’ai plein de questions à te poser ». Je lâchai ça sans trop réfléchir à ce que je disais. J’avais tellement envie de lui demander ce qu’il avait fait depuis tout ce temps, pourquoi il était là, s’il avait eu d’autres relations… mais j’avais terriblement peur de tout gâcher, de ruiner cet instant si précieux, aussi laissai-je le temps filer encore un peu encore mes doigts. « T’es là depuis quand ? » Nous nous arrêtions devant le restaurant, comme pour s’offrir un dernier moment entre nous avant de voir d’autres personnes. « J’en reviens pas ». Ça m’échappa, encore une fois. Je n’en revenais pas qu’il puisse être là à côté de moi, et un nouveau sourire m’échappa. Le fait que nous étions en public me revint brutalement, et j’essayai de me faire discret. J’étais pas prêt à assumer ça publiquement. « À emporter, je suppose ? ».
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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Lun 19 Juin - 22:25
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Bellamy
&
Andrea

Il ne rêvait pas. C'était bien réel, Bellamy était juste là. Andrea était un peu tétanisé, il ne savait pas quoi faire. S'il devait fuir ? Ce serait l'acte le plus lâche de toute sa vie, mais peut-être que c'était la meilleure solution. Il ne se sentait clairement pas prêt à faire face à Bellamy, d'ailleurs venir à Miami dans l'espoir de le retrouver avait été complètement con, puisque très visiblement il n'avait pas le courage nécessaire pour ça. Au final cependant, son idée de prendre la fuite ne subsista pas bien longtemps, évacuée en un instant par la voix de Bellamy. La dernière fois qu'il avait entendu cette voix, ça avait été au procès, cet affreux procès qui lui avait donné la nausée. Qui opposait sa famille à celle de Bellamy... Ca n'avait aucun sens, parce que pour lui leurs familles n'auraient jamais du ressentir la moindre haine l'une envers l'autre. Etant donné tout l'amour qu'il avait eu pour Bellamy... c'était absurde. Et pourtant ça avait été sa famille, ou plutôt son frère, qui avaient été responsable de la tournure qu'avaient pris les choses. Il y avait souvent repensé, n'arrêtait pas d'y revenir quand sa tête n'était pas occupée à autre chose. Il y avait des dizaines de questions qui le harcelaient encore et auxquelles il n'avait jamais demandé de réponse. Ce que Hamri avait fait avait rompu toute possibilité de lien entre eux, et après cette soirée tragique, Andrea avait simplement cessé d'essayer. Il s'était retranché dans son petit coin à lui, n'avait pas cherché la rébellion ou l'affrontement parce que ça n'aurait servi à rien. Sa famille toute entière était contre lui, pour la première fois de sa vie ils étaient sur son dos, à scruter chacun de ses mouvements. Andrea n'avait jamais été un mec peureux, mais après ce qui était arrivé, son regard ne quittait jamais Hamri lorsqu'ils étaient à moins de quelques mètres l'un de l'autre. Les mouvements brusques et les éclats de voix l'avaient fait sursauter, au début, comme s'il s'attendait constamment à ce que son frère se remette à lui taper dessus. Il n'avait pas ouvert sa gueule une seule fois, on ne lui en avait pas laissé l'occasion, les choses avaient été mises au clair dès le soir-même, alors qu'il était encore sous le choc. Le passage à tabac lui avait fait comprendre rapidement qu'il n'avait pas son mot à dire. Puis, outre Hamri, il y avait son père, qui avait d'abord regardé les choses se passer comme si ça ne lui faisait rien, puis il avait quitté la pièce pour laisser ses fils finir, comme s'il avait voulu s'assurer initialement que les choses seraient bien faites, et qu'une fois la confirmation obtenue, il avait décidé de faire autre chose de sa soirée. Sa mère, Andrea ne l'avait même pas vue ce soir-là, pourtant elle était présente, mais sûrement isolée dans une autre chambre avec son frère cadet. Les jours suivants avaient été calmes, terriblement, et le seul qui tenta une approche, qui chercha à rassurer Andrea, ce fut son petit frère, qui s'installa à côté de lui un soir pour lui dire qu'il n'avait pas besoin d'être triste, qu'il serait à nouveau accepté dans la famille quand il aurait réussi à tuer la maladie. Ca ne rassura pas du tout Andrea. Au contraire. Ce fut une des raisons pour lesquelles il baissa les bras pendant un temps, ne chercha même pas à se battre, resta passif et se laissa faire. Puis il se retrouva dans ce foutu centre, voyait sa famille le weekend et voilà qu'ils prétendaient tous que tout allait bien, que bientôt il serait guéri et de retour parmi eux. Ca lui donnait la gerbe. Il se demandait vaguement comment Hamri avait su, comment il avait su pour eux deux et aussi où les trouver. Il se demandait s'il avait prévu ça depuis longtemps et attendu la bonne occasion, ou si ça avait été un acte impulsif. Il se demandait si ça avait été son père qui avait chargé le jeune homme de s'attaquer à Bellamy, ou si au contraire il n'avait appris que plus tard que son aîné avait tenté de tuer quelqu'un. Il n'avait pas entamé cette conversation avec eux, même après sa sortie, ça n'en valait pas la peine. Mais plus les années passaient et plus il regrettait, plus les questions se faisaient insistantes, comme s'il y avait une clé détenue quelque part dans les réponses. Comme si ça finirait par donner du sens au gros tas de merde qu'avaient été les dernières années de sa vie. N'importe quoi pour sortir de ce flou complètement absurde. Mais voilà que Bellamy était face à lui, et ça ne répondait pas à ses questions, mais c'était un souffle nouveau, frais, une brise qui emportait sur son passage la petite importance qu'avaient pu avoir ces fameuses questions. En attendant en tous cas que de nouvelles se manifestent. Il n'avait pas revu Bellamy depuis le procès mais c'était d'autres images qui lui restaient en tête, marquées au fer rouge. Le soir de la tentative de meurtre. Dans les pires moments, ça lui revenait. Le dernier coup d'oeil vers un Bellamy qui faiblissait, avec la douleur gravée sur son visage, puis le sang sur ses propres bras qu'il n'avait cessé de fixer du regard. Ou dans les meilleurs moments, son sourire, les expressions qui n'appartenaient qu'à lui, les traits de son visage quand ils étaient tous les deux corps contre corps et qu'il n'y avait que du plaisir... Et ce n'était peut-être pas le moment de penser à ça. Il était comme un con avec son sachet de weed qu'il venait d'acheter pour n'en rien faire, et il aurait proposé à Bellamy de la fumer avec lui, mais il n'en avait même pas envie. Et il avait fait trop de choses dans sa vie dont il n'avait pas eu envie, alors il ne comptait pas gâcher ce moment en faisant cette erreur. Tout simplement, il lui lâcha qu'il lui avait manqué. C'était comme laisser tomber la tenson d'un coup et juste autoriser les mots à sortir. Ca faisait du bien, et Andrea repéra le sourire sur les lèvres de Bellamy, ce qui le fit sourire lui aussi. « C’est peu dire » C'était simple, ça ne s'engageait pas trop, c'était un peu trop Bell pour laisser Andrea indifférent. Pour passer à autre chose, un truc plus simple et plus concret, il lui proposa d'aller manger quelque chose. Il n'allait même pas se casser la tête à trouver l'endroit parfait, l'italien à deux pas de là ferait l'affaire. « Ouais. J’ai la dalle » il accepta, et ils se mirent en chemin. Avec les années et les expériences, Andrea avait gagné quelque chose de déterminé dans son pas. La façon de marcher de quelqu'un qui sait où il va et qui veut s'y rendre, et ça contrastait parfois bizarrement avec son air paumé. Surtout là, perdu dans une grande ville qu'il connaissait à peine. Bellamy marchait un peu en retrait, et évidemment qu'il l'avait remarqué, tournant parfois la tête vers lui avec un sourire sur ses lèvres. Pour s'assurer qu'il était bien là et qu'il n'allait pas disparaître dans les secondes à venir. « J’ai plein de questions à te poser » On aurait presque dit un gosse, à lui sortir ça comme ça, et à part sourire comme un con, Andrea ne faisait pas grand chose. Lui aussi il en avait des questions, mais il ne savait pas par où commencer, et quelles questions étaient les bonnes surtout. Tout allait très bien pour l'instant, mais une part de lui savait bien que viendrait un moment, viendrait une question à laquelle la réponse ne serait pas agréable à entendre. Il angoissait déjà, mais faisait de son mieux pour enterrer sa peur. « Ah ouais ? Demande-moi » il dit avec un grand sourire. Il ne savait pas exactement quelles seraient ces questions, peut-être les mêmes que les siennes, et il savait que les réponses ne seraient pas forcément agréables à donner. Mais il avait aussi appris à parler des choses sans trop de tabous. Cependant, Bellamy n'était pas n'importe qui, et lui raconter tout ça à lui serait différent des récits qu'il a pu faire à d'autres personnes. « T’es là depuis quand ? » il demanda alors, et ils s'arrêtaient au même moment devant le restaurant. C'était silencieux, le quartier était calme et sympa mais ce n'était pas un coin fréquenté par les fêtards. Trop loin de la plage, sans doute. Mais dans le restaurant, il y avait du monde, des familles surtout, sagement attablées. Puis juste eux deux là dehors, éclairés par les lumières provenant de l'intérieur du restaurant. « J’en reviens pas » il ajouta, ce qui arracha un énième sourire à Andrea, presque timide, qui baissa un peu le regard. Il savait très bien qu'il rougissait, comme un ado, et pourtant cela faisait longtemps qu'il avait cessé d'en être un. « Ca fait quelques semaines, pas longtemps. J'fais que me perdre dès que je sors de chez moi » il lui répondit avec un léger rire. C'était vrai, il prévoyait toujours des minutes en plus, pour être sûr d'arriver à l'heure, même s'il se trompait de chemin. Ca avait toujours été ça, à chaque fois qu'il s'était retrouvé dans une nouvelle ville, des semaines et des semaines d'adptation pur enfin s'y retrouver à peu près. Trop tête en l'air et obsédé par l'architecture qu'il oubliait de regarder les noms des rues et se perdait. Bellamy était à nouveau un peu tendu, comme s'il sentait une menace ou quelque chose du genre, mais pas non plus alarmé. « À emporter, je suppose ? » C'était le monde, probablement, le fait qu'on puisse les voir et s'imaginer des choses. Ca ne dérangeait plus Andrea, au contraire, il avait développé un goût pour la provocation. Mais tout ça, ça ressemblait tant à Tijuana, pas dans le cadre mais simplement eux deux réunis. L'époque où ils devaient se cacher, où ils n'étaient qu'un vilain secret. Et pourtant ils n'avaient connu que ça et ça avait été merveilleux. Mais ça semblait si lointain, comme si des siècles entiers s'étaient écoulés. Il hocha la tête. « Ouais, ok » souffla-t-il avant de pousser la porte. Au comptoir, ils commandèrent ce qu'ils voulaient. Des spaghettis bolo pour Andrea, parce qu'il avait toujours adoré ça, tout simplement. Dans le restaurant, en attendant leur commande, ils ne dirent pas grand chose. Andrea ne voulait pas que Bellamy soit mal à l'aise, et il préférait attendre qu'ils soient seuls pour qu'ils puissent parler sans se poser de questions et sans être dérangés. Il se contenta alors de le regarder un peu, discrètement, quelques coups d'oeil parfois. Et évidemment quand son regard croisait celui de Bell, il rougissait, souriait, et détournait celui-ci en se mordant un peu la lèvre inférieure. Enfin, le supplice prit fin, et ils quittèrent le restaurant avec leurs plats. « On s'trouve un coin ? » il proposa, tout en commençant à marcher. Il hésita presque à lui proposer de venir chez lui, ils y auraient été tranquilles, et son appartement était confortable et pas loin du tout. Mais c'était peut-être mieux de rester en terrain neutre, sait-on jamais. Ils arrivèrent près de ce qui pouvait ressembler à un parc. C'était plutôt deux pauvres arbres autour desquels on avait foutu un muret, sur lequel Andrea s'assit. Il sortit la boîte en carton et la fourchette et ouvrit le tout pour admirer ses pâtes un instant avant de commencer à les enrouler entour de sa fourchette. « Un type du lycée m'a appelé pour me dire qu'il t'avait vu en ville... et que tu partais pour Miami... du coup j'ai un peu pris mes quelques trucs et j'ai débarqué ici » il décida de lui dire d'emblée. Il avait l'impression de prendre un risque, en lui avouant qu'il était venu pour le trouver, que c'était pour ça qu'il était là. Il avait peur que Bellamy lui dise que ça avait été bête, qu'il aurait mieux fait de continuer sa vie là où il l'avait commencée, que c'était trop tard pour eux deux et que c'était mieux si des centaines de kilomètres les séparaient. « Y'a quelques temps, j'ai appelé, j't'ai cherché, mais personne des quelques gens qui m'restaient là-bas savaient où t'étais » il ajouta ensuite, avant de mettre en bouche sa fourchette surchargée de spaghettis. Tout ça, ça lui donnait faim. Il avait toujours été de ce genre-là, à bouffer plus que nécessaire lorsqu'une situation le prenait de cours. Il vida sa bouche avant de reprendre. « T'étais ici tout c'temps ? » demanda-t-il.

✱✱✱


andrea

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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Jeu 3 Aoû - 11:14
Love is always showing where you least expect it.

Bellamy
&
Andrea

Il marchait à côté de moi. Il marchait à côté de moi après m’avoir acheté de la beuh, et nous allions prendre à manger. Cette scène me paraissait irréelle, et j’aurais voulu pouvoir me pincer, me pincer fort, jusqu’au sang, pour être bien sûr que je n’étais pas en train de délirer. Tout se bousculait en moi et c’en était presque douloureux. Tout un tas d’émotion en vrac qui me déchiraient le coeur et les tripes, des émotions que je ne comprenais pas, que je n’arrivais pas à analyser, trop concentré sur ce corps qui se tenait à côté de moi, trop occupé à guetter l’apparition d’un sourire sur le bout de ces lèvres qui m’avaient tant manqué. Je ne savais plus ce qui se passait, je n’étais plus moi-même. J’avais tant rêvé de ce moment, sans pourtant croire qu’un jour cela se passerait vraiment…! Et voilà que j’étais incapable de faire quelque chose, à peine pouvais-je dissimuler le sourire béat qui revenait sans cesse fleurir mon visage trop pâle. Andrea était là, de nouveau, en chair et en os. J’avais envie de le toucher, de prendre sa tête entre mes mains pour me convaincre de la réalité de tout cela. J’avais du mal à réaliser, oui, c’était le moins que l’on puisse dire - j’étais perdu, mes tripes se retournaient en moi, et pourtant j’étais heureux. Oui, comme cela, en quelques instants, j’étais devenu heureux - ce n’était sûrement pas ce que j’étais, mais c’était le mot le plus approprié pour définir ce que je ressentais. Du bonheur, oui, enfin, une joie extatique, une envie de courir à travers la ville pour crier, hurler même, qu’Andrea était là et que moi aussi je l’étais. Que nous nous étions trouvés, que nous étions réunis. Tous mes doutes s’étaient envolés, et pour une fois, je les laissais faire, je les laissais fuir, car je n’avais pas envie de gâcher ce moment par mes craintes. Elles viendraient plus tard, je ne le savais que trop bien. Je le savais dans un petit coin de ma tête. J’allais finir par l’assaillir de questions, par me demander si je ne devais pas le fuir, si je ne lui avais pas fait trop de mal par la passé. Après tout, c’était moi qui l’avait « perverti », comme disait Hamri. Je savais tout cela mais je n’y pensais pas. Pas maintenant. J’étais occupé à autre chose, occupé à tomber encore une fois amoureux d’Andrea. Je reconnaissais ces sensations vertigineuses alors même qu’il ne me semblait jamais les avoir éprouvé de cette façon. Ma relation avec Hannah s’était construite au fur et à mesure que notre attirance grandissait ; elle m’avait plu, et j’avais fini par en tomber amoureux. Ça n’avait pas été brutal ou soudain. Ça ne l’avait pas non plus été quand j’avais rencontré Andrea pour la première fois ; ç’aurait pu l’être, mais j’ignorais à l’époque tout de ma sexualité, ou plutôt de mon attirance effective pour les hommes. Ça m’avait effrayé au début, si bien que j’avais eu peur de tous ces sentiments qui se bousculaient en moi. Aujourd’hui, tout cela me retombait de nouveau dessus, mais je n’avais plus peur. Je ne craignais plus rien, pas même que ça ne soit pas réciproque pour Andrea. Il n’avait suffit que d’un regard pour que je tombe de nouveau, et tout ce qui m’importait était qu’il soit là, près de moi, bien vivant et apparemment en bonne forme. Les souvenirs du passé se réveillaient en moi, sursautaient, bondissaient. Ces matinées au lit et le soleil qui caressait son visage alors que je le regardai dormir, ces soirées endiablées passées dans Tijuana, insouciant du regard des autres… Des bons souvenirs uniquement, et pas parce que je taisais les mauvais. Simplement, son visage me rappelait les meilleurs moments de ma vie.

J’avais tant de questions à lui poser. Tant de choses à savoir, tant de choses que j’ignorais. Je tombais amoureux d’un grand inconnu, en vérité. J’aurais pu passer la nuit à l’écouter raconter ce qui lui était arrivé depuis toutes ces années. Quatre, en réalité, quatre longues années nous avaient séparé. Quatre interminables années. Combien de choses s’étaient passées pour moi, pendant ce temps…! J’avais eu des femmes dans mes bras, dont une était devenue la mère de ma fille, voilà quatre ans, et une autre dont j’étais devenue terriblement amoureux… J’avais changé, aussi, j’avais bien conscience de ne plus être le Bellamy qu’Andrea avait connu. J’étais moins fougueux, moins flamboyant, moins sanguin peut-être. Plus froid, plus secret, plus violent, aussi, alors que paradoxalement je faisais tout pour me sortir du cercle de violence dans lequel je m’étais plongé sept ans auparavant. Je n’étais plus le même, et peut-être qu’Andrea n’aimerait pas ce nouvel homme que j’étais. Cela m’était égal, en vérité. Je n’y pensais pas. J’avais grandi, c’était certain. Je n’étais plus celui que j’étais quand j’avais dix-sept ans. Pour le meilleur ou pour le pire, je l’ignorais. Mais je ne pensais pas à tout cela. Je ne pensais pas au fait que peut-être Andrea n’aimerait pas celui que j’étais, qu’il n’aimerait pas tout ce qu’il s’était passé dans ma vie depuis son départ. J’avais des tas de questions à lui poser et pourtant, je préférais attendre pour tout lui demander. J’aurais voulu passer la nuit à l’écouter, à l’interroger, j’aurais voulu passer toute une journée et toute une nuit à ses côtés. Je ne réalisais toujours pas, et plus le temps passait, plus la scène me semblait irréelle. Presque sans que je le veuille, une question effleura mes lèvres et ma bouche prononça quelques mots, lui demanda depuis quand il était là. Andrea sourit, rougit presque, et baissa les yeux. C’était tout lui, ça. C’était sa manière de faire. C’était bien lui, là, qui était à côté de moi. « Ca fait quelques semaines, pas longtemps. J'fais que me perdre dès que je sors de chez moi » Sa réponse me fit sourire, et encore une fois, ne m’étonna guère, en réalité. Andrea n’avait jamais été très doué niveau orientation. Mais il était là depuis quelques semaines, enfin…! Quelques semaines qu’ils déambulaient tous les deux dans la même ville sans qu’ils ne se soient jamais croisés. Si Andrea n’avait pas fait appel à moi - sans le savoir, qui plus est - peut-être que nous ne nous serions jamais vus. J’aurais continué ma vie et lui la sienne, peut-être que l’un de nous serait reparti ailleurs. Cette idée me donna presque le vertige.

Nous arrivâmes presque trop rapidement au restaurant. J’aurais voulu lui poser encore des tonnes de question, mais le fait était que nous devions commander à manger. Andrea prit des pâtes bolognaises, et moi des carbonates. Je ne dis pas grand chose pendant que nous attendions nos plats. Peut-être un mauvais réflexe, celui de se cacher quand d’autres étaient autour de nous, l’espèce de volonté inconsciente de ne pas montrer que nous étions deux hommes ensemble ; cette volonté que je n’avais pas, ou du moins pas assez, à Tijuana, et qui était gravée en moi désormais, littéralement : une cicatrice qui lacérait mon abdomen. Pourtant, les choses étaient différentes à Miami. Les gens étaient plus ouverts, sûrement. Il n’empêchait que c’était ainsi, c’était dans ma nature. Je n’avais jamais aimé montrer les choses publiquement. Même avec Hannah, je n’étais pas du genre à lui tenir la main en public. Pourtant, les regards que je lançais en direction d’Andrea n’aurait trompé personne, je le savais. Je n’arrivais pas à le quitter des yeux, j’essayais encore de me convaincre que tout cela était bien réel. Que nous étions là, tous les deux, en train de commander des pâtes. « On s'trouve un coin ? » proposa-t-il, me sortant un peu soudainement de ma torpeur. J’hochai la tête en signe d’approbation. Les sacs dans les mains, nous nous dirigeâmes vers ce qui ressemblait vaguement à un parc, ou à ce qu’il en restait, pour le moins. C’était un muret et deux petits arbres, tordus, trop fins, le tout ne ressemblant pas à grand chose. Mais c’était parfait pour ce que nous cherchions : un petit coin où nous poser, au calme, loin des passants. J’étais mieux à l’aise ainsi. « Un type du lycée m'a appelé pour me dire qu'il t'avait vu en ville... et que tu partais pour Miami... du coup j'ai un peu pris mes quelques trucs et j'ai débarqué ici » Je fronçai les sourcils. Sérieusement ? Il y avait des types du lycée qui me traquait ? Enfin, c’était pas exactement ça, mais c’était bien l’impression que ça donnait. Mais passée cette surprise, et le fait que des gens de mon lycée soient à Miami sans que je sois au courant, je me sentais bien. Heureux. Andrea était venu ici pour moi, pour me retrouver…! Il avait fait je ne sais combien de kilomètres juste pour me retrouver… Après quatre ans ! Je trouvais ça fou. Mais ça me rendait heureux, simplement heureux, de le voir là, assis à côté de moi, à manger des pâtes. « Y'a quelques temps, j'ai appelé, j't'ai cherché, mais personne des quelques gens qui m'restaient là-bas savaient où t'étais » Je l’écoutais sans rien dire. Personne ne savait plus où j’étais, maintenant, à Tijuana. J’avais pris soin de ne pas laisser de traces, après mon départ, pour le bien de tout le monde.  « T'étais ici tout c'temps ? » Je le regardai un instant avant de répondre. J’avais oublié qu’il ignorait tout de ce qu’il s’était passé pour moi depuis quatre ans, à quel point ma vie était devenue un enfer, et comment j’avais remonté la pente, progressivement, ici à Miami. J’aimais cette ville, pour sûr, même si elle était emplie de fantômes. « Ça fait trois ans que je suis là, et j’en ai pas bougé. Sauf les six derniers mois. Je reviens tout juste de Tijuana, mais sinon, j’étais là » dis-je avec un petit sourire triste. J’aurais voulu l’informer depuis le début que j’étais là et qu’il pouvait me rejoindre à tout moment, mais pourquoi l’aurais-je ? Après le procès d’Hamri, tout ce que je voulais c’était oublier, tourner la page, me noyer et me perdre dans tout ce qui était capable d’effacer son visage de mon esprit. « Hm, les choses sont devenues un peu difficile après ton départ, à Tijuana. Pour moi, pour ma famille » Je marquai une pause. Je repensai à ma soeur, agressée par ma faute, agressée par un sale type parce qu’il pensait que j’étais homo. Je chassai rapidement cette pensée de mon esprit. « J’suis venu ici y’a trois ans, ouais. C’est pas mal ici. Je sais pas si tu comptes rester, mais… Ça pourrait te plaire » dis-je simplement. J’omettais volontairement de lui fournir des précisions quant aux évènements qui s’étaient déroulés depuis trois ans. Que j’avais une fille, entre autres - je ne voulais pas lui dire. Peut-être qu’il le savait, après tout. Ou peut-être pas. J’avais tout fait pour cacher l’existence de Charlotte pendant un long moment. « Et… qu’est-ce que tu es devenu, depuis tout ce temps ? » Une question que je n’avais cessé de me poser. Qu’était-il devenu ? Avait-il souffert ? Où était sa famille ? S’il avait pu se douter que j’avais continué ma vie - avec difficulté, certes, mais j’avais continué -, moi, je n’avais pu me douter de rien. J’avais vécu dans le noir total pendant quatre ans. « J’espère que ça n’a pas été trop dur » soufflai-je, me sentant presque coupable. J’imaginais bien que tout n’avait pas dû être rose pendant toutes ces années.
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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Sam 5 Aoû - 20:00
Love is always showing where you least expect it.

Bellamy
&
Andrea

Quatre ans. Quatre années sans aucun sens, où il n'avait fait qu'errer, essayer de trouver une direction, un but. Se sortir d'un cauchemar pour se construire une vie, quelque chose qui devait tenir à peu près la route, un truc solide, plus ou moins. Quatre ans où il avait toujours espéré retrouver Bellamy, mais où il avait appris à vivre comme si ça n'arriverait jamais. Se noyant dans ses études, dans tout le reste, tout ce qui pouvait lui voler du temps et le distraire, l'arracher de ce qui pouvait être trop personnel, trop intime. Faire des choses pour les autres, sans compter, apprendre toujours et encore, et travailler d'arrache-pied. Quatre ans en solitaire, aussi, parce qu'il n'était parvenu à s'attacher à rien ni personne. Pas par manque de sociabilité, parce qu'Andrea était quelqu'un d'appréciable, mais peut-être un peu par manque de volonté, ne cherchant pas à approfondir les relations qu'il avait. Quatre ans, et en quelques minutes, elles venaient de s'effacer tout simplement. Bellamy, c'était l'Avant, l'enfance, l'innocence. L'inconscience aussi. Associé à une époque où les problèmes étaient tout autres, où même si les angoisses étaient là, menaçantes, ils se sentaient libres de tout ça. Une époque d'arrogance où évidemment, ils étaient plus forts que tout. Où même si la haine et les dangers étaient là, à quelques mètres d'eux, attendant le bon moment pour frapper, ils vivaient sur l'instant en pensant que ça ne leur arriverait jamais à eux, de vivre l'enfer. Ca avait fini par leur tomber dessus, bien sûr, et ce fut la fin, d'ailleurs. Bellamy, ce n'était presque que des bons souvenirs, parce que l'enfer ils ne l'avaient presque pas vécu ensemble. Pendant quelques secondes, au moment où Hamri commis l'irréparable. Quelques autres secondes au procès. Le reste de l'enfer, ils l'avaient traversé seuls, chacun de son côté, chacun face à ses propres démons. Même pas un pourcent d'eux n'était représenté par ces épreuves. Non, Bellamy et Andrea, ce n'était que du bon, ou peut-être qu'Andrea idéalisait les choses. Peut-être bien. Mais il se rappelait de celui qu'il avait été alors. Un gamin, certes, mais heureux sans avoir grand chose. Aujourd'hui, il avait de l'argent et une éducation à envier, et pourtant... il trimballait avec lui des choses qu'il aurait préféré effacer. Revoir Bellamy, ça le laissait oublier le temps de quelques minutes. Pourtant ils n'étaient plus à Tijuana, ils n'étaient plus les mêmes personnes non plus. Bell, il avait perdu une certaine douceur, les restes de l'enfance qu'il avait conservés même dans le début de sa vie d'adulte, et qui avaient totalement disparu aujourd'hui. Et surement que ce n'était pas tout, ça ne pouvait pas être la seule chose qui avait changé. Quatre ans. Il s'était sans doute passé des choses par dizaines, centaines. Andrea ne voulait pas trop imaginer, préférait simplement attendre de connaître la vérité, plutôt que de se faire peur. Mais Bellamy devait avoir changé. Andrea, lui, il avait évolué, en bien et en mal, il avait du bagage, des choses qu'il traînait et qu'il aurait bien laissé de côté, des cicatrices dans la tête et quelques unes sur le corps. Pas très impressionnantes, faciles à manquer, mais qui étaient lourdes de sens pour lui. Mais ça n'avait rien à voir avec la cicatrice que Bellamy portait très certainement par sa faute. Il ne voulait pas penser à ça pour l'instant. Au lieu de ça, il parlait, racontait un tas de trucs sur comment il était arrivé là, et réalisait tout en parlant que c'était confus, que ce n'était pas très intéressant non plus. L'important, c'était qu'il était là, et Bellamy devait bien s'en foutre des appels par dizaine et des malentendus ridicules qui l'avaient amené à ne pas le trouver, lui courir après encore et encore, et enfin, lui mettre la main dessus. Finalement, il demanda si Bellamy avait été ici, à Miami, pendant ces quatre années. Ca ne changeait rien, mais il était curieux. Est-ce que c'était ça, sa ville, son chez-lui ? C'était l'endroit qu'il considérait comme sa maison ? Son environnement, son terrain à lui. Est-ce qu'il en connaissait les rues par coeur, est-ce qu'il avait des souvenirs et des anecdotes liés à plusieurs endroits ici ? Est-ce qu'il s'était bâti une vie dans cette ville ? Parce que si c'était le cas, Andrea avait envie de voir tout ça, de découvrir les recoins de Bellamy, les lieux qu'il fréquentait, ses endroits à lui. Il voulait tout voir. « Ça fait trois ans que je suis là, et j’en ai pas bougé. Sauf les six derniers mois. Je reviens tout juste de Tijuana, mais sinon, j’étais là » Trois ans, et bizarrement, l'entendre comme ça de la bouche de Bellamy, ça faisait quelque chose. Il avait vraiment été là pendant tout ce temps. Si seulement Andrea avait pensé à venir regarder... et c'était complètement débile parce qu'il aurait pu se mettre à fouiller la Terre entière s'il pensait comme ça. Mais tout de même, il avait été si... accessible. Peut-être qu'il avait appelé, qu'il avait essayé de trouver Andrea lui aussi. Enfin ça, il ne le saurait jamais, sauf si Bellamy choisissait de lui en parler. Tout était allé si vite avec le déménagement et son internement, les changements de numéro, sa famille qui avait coupé les ponts avec Tijuana. Et quand il était sorti de ses huit mois d'emprisonnement, sans le moindre repère, il ne lui restait plus rien de sa vie d'avant. « Hm, les choses sont devenues un peu difficile après ton départ, à Tijuana. Pour moi, pour ma famille » Encore un coup dans le bide, parce qu'il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser. Il ne savait pas ce que ça voulait dire ça, à quel point ça avait été difficile. Est-ce qu'il était arrivé quelque chose de grave, vraiment grave ? Sa famille était-elle devenue le bouc émissaire de la ville toute entière, après ce foutu procès ? Il se mordit la lèvre, fort. Il écoutait, ne voulait pas poser de questions, même s'il en avait. Plus tard, peut-être, quand ils se retrouveraient tous les deux à parler de ce qui s'était passé, des quatre années de vide, des mauvais souvenirs. « J’suis venu ici y’a trois ans, ouais. C’est pas mal ici. Je sais pas si tu comptes rester, mais… Ça pourrait te plaire » il dit, simplement. Ca prit Andrea de cours, se gorge se serra un peu, parce que ce n'était pas non plus innocent comme remarque. La question sous-jacente voulait dire quelque chose. Est-ce qu'il voulait rester près de lui, ou s'en aller ? « Je - » Je n'ai plus envie d'être loin de toi. « On verra » avec un sourire, un regard vers Bellamy qui voulait dire que c'était un bon "on verra". Une presque-promesse. De toute façon, où pourrait-il bien aller ? Retourner à San Francisco ? Non, autant rester ici maintenant. « Et… qu’est-ce que tu es devenu, depuis tout ce temps ? » Oh. La fameuse question. Ce qu'il était devenu, il n'en avait pas honte, au contraire. Ca ne le gênerait pas du tout de parler à Bellamy de ses études, d'à quel point ça lui réussissait, et de tout ce qu'il faisait en-dehors de ça. Les choses importantes dont il était fier et qui lui donnaient l'impression d'avoir réussi, d'avoir racheté un peu les atrocités commises par sa famille. Etre le Reyes qui allait faire un peu de bien pour tenter d'effacer la culpabilité de sa famille. « J’espère que ça n’a pas été trop dur » ajouta Bellamy. Et au-delà de ce qu'il était devenu, il y avait le chemin parcouru, comment il était devenu ça, et toutes ces étapes, il n'était pas certain d'en être fier. Pourtant, face à des inconnus, il n'avait pas de mal à parler de ça, à dénoncer ces choses, à les provoquer en racontant avec une honnêteté crue ce qu'on lui avait fait. A mettre mal à l'aise, utiliser ça comme une arme. C'était totalement différent ici, avec Bellamy. « Ca a pas été facile » il dit, sincèrement. « J’ai pas vu mes parents et mes frères depuis trois ans, je sais pas ce qu'ils deviennent... il s'est passé trop de choses impardonnables » il lui avoua, en restant un peu vague, large. Dans l'impardonnable, il y avait le coup de poignard de Hamri, le passage à tabac le soir-même sous le regard de son père, le déménagement, l'internement, les réflexions et les mots blessants. Il n'arrivait même pas à faire la liste, elle était trop longue, et il y manquerait toujours quelque chose. Il prit une bouchée de ses pâtes. « On pourra parler. De ça. Si tu veux » il dit, un peu maladroit, sa façon de lui faire comprendre qu'il avait envie de lui dire des choses, mais que ça avait du mal à sortir comme ça, spontanément, qu'il faudrait que Bellamy creuse un peu. Que c'était intime et important et qu'il ne voulait pas exposer tout ça sans être sûr qu'il y était invité. « Après manger » il fit, avec une petite grimace exagérée suivie d'un sourire, utilisant son humour un peu étrange pour lui faire comprendre que s'il en disait trop maintenant, ça risquait de lui donner la gerbe ou de lui couper l'appétit. Il tourna sa fourchette excessivement dans son plat pour en ressortir une quantité monstrueuse de pâtes qu'il mit en bouche, se retrouvant avec de la sauce jusque dans le nez, les joues gonflées à outrance et la bouche à peine fermée. Il devait avoir l'air d'un écureuil, si au moins ça pouvait faire sourire Bellamy, ce serait déjà bien. Il lui fallut bien évidemment une éternité pour mâcher et avaler tout ça. « J’fais des études, ça marche bien, parait que j'suis promis à un avenir brillant » il dit, sourire aux lèvres en continuant de manger, switchant de sujet pour l'instant, un peu sarcastique en répétant ce que son directeur de cursus lui avait dit plusieurs fois déjà. « J’ai un appartement franchement pas mal au dernier étage, dans un quartier tranquille, tout seul avec Hector » il raconta, plutôt fier de son petit chez-lui, mais se retenant de proposer à Bellamy de venir visiter, pas de suite du moins. Il leva le regard vers lui. « C'est ma tortue. » il précisa, réalisant que ce n'était pas nécessairement très clair. Voilà, comme ça Bellamy savait qu'il vivait tout seul, en bon célibataire qu'il était. Avec pour seule compagnie sa tortue. Il était terriblement curieux de savoir si c'était aussi le cas de Bell, pas pour la tortue, mais le fait de vivre seul... en bon célibataire. Seulement, il ne savait pas comment poser la question. Alors il se contenta de manger, tout en regardant Bellamy en essayant d'appuyer le regard pour lui faire comprendre que c'était à son tour d'exposer sa situation. Espérons qu'il comprendrait la détresse d'Andrea.

✱✱✱


andrea

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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Mar 8 Aoû - 14:55
Love is always showing where you least expect it.

Bellamy
&
Andrea

Oui, j’avais bel et bien été là pendant presque tout ce temps. La question d’Andrea m’avait secoué, un peu, assez pour que les images de ces quatre dernières années sans lui me revinrent en mémoire. Des flashs non désirés, parfois douloureux, mais surtout incommodant. J’avais passé plusieurs mois, si ce n’est plusieurs années, à me reconstruire sans lui. Notre relation n’avait pas été très longue, seulement une année - et qu’est-ce que représentait une année dans une vie…! - mais si elle avait été fugace, elle n’en n’avait pas moins été solide, importante et surtout intense. J’avais appris tant de choses avec lui. Qu’est-ce que représentait une année quand on a dix-sept ans ? Toute une vie ! J’étais aujourd’hui si différent de celui que j’étais cinq ans plus tôt quand Andrea est entré dans ma vie. J’étais cette boule de nerfs constamment énervé, fougueux, toujours sur la défensive, le nez pété et un oeil gonflé en permanence. Je crevais d’impatience de voir la vie, de tout découvrir, j’aimais la violence et le coup du sang dans ma bouche ; j’aimais tout ce qui me faisait sentir vivant, et c’est peut-être cet amour-là qui m’a jeté dans les bras d’Andrea. Je m’étais construit autour de lui, j’avais appris l’amour d’un seul, j’avais appris à vivre, véritablement…! J’avais appris à connaître ma sexualité, et à l’assumer, peut-être plus que le monde ne l’aurait voulu… Sans lui, je n’aurais rien été. Il avait toujours été si différent de moi, toujours plus calme, posé, sérieux. C’était un bon parti, en vérité, et je n’avais jamais trop compris ce qui l’avait poussé à aller vers moi. J’aurais voulu savoir quelles étaient les choses qui l’avaient fait tomber amoureux de moi ; car si je comprenais tout à fait que l’on puisse tomber amoureux de son sourire, l’inverse ne me paraissait pas aussi simple. Est-ce ç’avait été mon goût ineffable pour le danger, ma soif d’aventure, mon impulsivité de gamin, mon insouciance adolescente ? Si c’était cela, alors il serait aujourd’hui bien déçu. Je n’étais plus le même aujourd’hui, sans trop savoir si cela était un bon point ou pas. J’avais grandi, appris, changé. J’étais passé dans le monde des adultes, avec des responsabilités, et aujourd’hui, je n’avais plus envie de me battre pour un regard de travers. Pourtant, je traînais toujours les mêmes démons. Mes sales défauts, je les transportai encore avec moi, et je devais admettre n’avoir jamais fait grand chose pour les éloigner. Je n’avais pas su soigner mes excès de colère, mes sales réflexes, mon addiction à la violence, à l’adrénaline. J’étais aujourd’hui plongé dans mes sales histoires jusqu’au cou, et après trois ans de lutte, je ne savais plus comment me battre. Je ne savais même plus si je le devais encore, si le jeu en valait la chandelle. Je ne savais plus si il y avait un espoir. J’étais venu à Miami trois ans plus tôt pour arrêter mes trafics et changer de vie, mais en vérité, rien n’avait changé. J’étais toujours accro, toujours fourré dans les mauvais coups. J’essayais d’en sortir, régulièrement. J’avais essayé d’arrêter la drogue, aussi. Avec plus ou moins de succès, selon les fois, mais j’y revenais toujours, chroniquement, comme une maladie. Je commençai à croire que tout cela ne changerait jamais.

Quatre ans avaient passé, et quatre années sans Andrea m’avaient façonné. M’avaient rendu plus fort, et aussi terriblement plus faible dans certains domaines. J’avais été un orphelin sans amour, désespérément attaché à un fantôme pendant un peu plus de deux ans. Refusant tout engagement, tout amour masculin, tant ceux-ci me rappelaient Andrea. J’avais presque oublié ce que l’amour était, et sans aucun regrets, jusqu’à ce qu’Hannah entre dans ma vie. Pourtant, maintenant qu’Andrea était de nouveau en face de moi… J’oubliais tout ça. J’oubliais toutes les difficultés que j’avais pu avoir à accepter l’amour, à m’accepter aussi, à accepter le fait que je ne méritais pas moins que les autres. Mes insécurités disparaissaient. Des flashs me revinrent de nouveau alors que je racontais, en occultant pas mal de détails, ce que je faisais à Miami. Trois ans que j’étais là et trois ans que la ville me paraissait aussi sauvage, hostile. Pourtant, je l’adorais. J’adorais l’ambiance qui y régnait, j’y aimais les gens, ouverts et parfois étonnamment riches humainement parlant ; j’y aimais l’architecture et enfin, tout ce qui faisait de Miami ce qu’elle était. Je voyais parfaitement Andrea évoluant dans ce décor. « Je - » Pendant quelques instants, je craignis qu’il ne me dise qu’il était sur le départ, qu’il repartait je ne sais où. Après cette rencontre, je n’étais pas certain de le voir s’éloigner de nouveau loin de moi. Étrange déclaration, car après tant d’années, pouvais-je dire que je le connaissais encore ? J’espérais seulement ne pas me raccrocher à un fantôme, une version d’Andrea qui n’existait plus. « On verra » Avec un sourire, que je lui rendis. Quelque chose me disait qu’il ne quitterait pas la ville de sitôt. D’un ton plus grave ensuite, je lui demandai ce qu’il s’était passé dans sa vie pendant quatre ans. Je ne doutais pas une seconde que les choses avaient dû être difficile, probablement plus qu’elles n’avaient été pour moi. J’avais eu des difficultés, certes, j’avais dû changer de ville et, avant de partir pour Miami, les choses étaient devenues un enfer pour moi et mes soeurs à Tijuana. Mais malgré tout, malgré les difficultés et les erreurs que j’avais pu commettre, j’avais toujours pu compter sur ma famille, sur ma mère et mes soeurs. Elles avaient toujours été là pour moi et m’avaient accepté dans mon intégralité, moi et mes défauts. Elles m’avaient toujours soutenu. Je n’étais pas certain qu’Andrea ait pu bénéficier d’un pareil soutien après ce que son frère avait fait. J’étais certain qu’Andrea avait été tenu responsable de tout ce qui s’était passé, alors que le seul fautif avait toujours été Hamri. « Ca a pas été facile » Ces mots tombèrent comme un couperet, même si ça n’était pas vraiment une surprise. « J’ai pas vu mes parents et mes frères depuis trois ans, je sais pas ce qu'ils deviennent... il s'est passé trop de choses impardonnables » Ça non plus, ça n’était pas vraiment une surprise. Pour autant, quelque chose se serra en moi. De la culpabilité, probablement. L’irrépressible idée que j’étais la cause de tout cela, quand sans moi, tout irait encore bien pour Andrea. Et d’un autre côté, l’idée que si ça n’avait pas été moi, ç’aurait été un autre… Je ne savais pas quoi penser de tout cela, ni de mon rôle dans toute cette histoire. J’aurais pu être plus discret encore que nous ne l’étions, j’aurais pu riposter plus fort quand Hamri avait commencé le combat. « On pourra parler. De ça. Si tu veux. Après manger » J’opinai doucement du chef, et portai une bouchée de pâtes à ma bouche. J’avais arrêté de manger pendant qu’Andrea parlait. « Comme tu le sens ».

Je chassai rapidement les souvenirs de cette douloureuse époque qui me revenaient en mémoire avec les paroles d’Andrea. J’aurais voulu ne plus jamais y repenser. Je jetai un coup d’oeil rapide au jeune homme, juste pour m’assurer une nouvelle fois que tout ceci était réel, qu’il était bien là. Je ne réalisais pas sa présence, et pourtant je réalisais à quel point j’étais chanceux que nos chemins se recroisent, un peu par hasard. Je n’avais jamais cru au destin ou aux trucs de ce style, et pourtant, j’aurais pu y croire, à ce moment-là. « J’fais des études, ça marche bien, parait que j'suis promis à un avenir brillant » Cela me fit sourire. Au moins, si ça n’allait pas côté famille, ça allait, lui. Et puis, j’étais heureux pour lui. J’étais heureux que, contrairement à moi, il soit parvenu à sortir de ce trou à rats qu’était Tijuana. Moi, elle ne m’avait jamais quitté, ni elle ni sa violence. « Ça m’étonne pas » souris-je. Andrea avait toujours été un bon élève. « J’ai un appartement franchement pas mal au dernier étage, dans un quartier tranquille, tout seul avec Hector » J’haussai un sourcil interrogateur avant qu’Andrea ne réponde de lui même à la question que je me posais. « C'est ma tortue. » Un petit rire m’échappa, presque de soulagement, en vérité. J’eus presque cru, pendant quelques secondes, qu’Hector… disons, qu’il n’était pas qu’une tortue. Andrea me regardait d’un air presque un peu insistant, et je compris que c’était maintenant à moi d’exposer ma situation. Opération délicate s’il en était. « Hm, moi aussi je vis seul… Sans tortue » dis-je doucement, sur un ton un peu léger. J’étais presque content que Charlotte soit repartie vivre chez sa mère ; ainsi, je n’avais pas à lui mentir à son sujet. Je pouvais dire à Andrea que je vivais seul sans mentir au sujet de ma fille. « J’ai déménagé en rentrant de Tijuana, parce que… Disons que j’avais quelques… soucis dans mon ancien appart ». J’essayai d’être convaincant, mais comment faire ? Je n’allais quand même pas lui expliquer que je n’arrivais plus à y remettre les pieds depuis que j’avais buté un mec dans la chambre pour le découper dans la baignoire. « Et… ça va peut-être t’étonner mais j’ai fait des études, aussi » Personne ne m’aurait pré-destiné à en faire, ça, c’était certain. « De psychologie. Je savais pas trop pour quoi, j’avais pas vraiment de métier en tête, mais… j’aimais assez. Puis j’ai arrêté, parce que… parce que, je sais pas. C’est comme ça que je fonctionne, je suppose » Je n’avais jamais trop repensé à les reprendre. « Je vivote », sous-entendu "je fais du trafic d’armes et de drogues". Ça n’était que la version améliorée de ce que je faisais déjà à Tijuana, cinq ans plus tôt. « Ma mère va vouloir t’inviter à manger si elle apprend que tu es ici » souris-je en avalant une bouchée de pâtes. Ma mère avait toujours adoré Andrea, même si elle ne l’avait jamais trop vu et malgré toutes les circonstances. « Et, euh… Tu as quelqu’un dans ta vie, ou… ? » Ma question n’était pas tellement innocente, je l’avouais. Mais… Je préférais savoir avant d’aller plus loin.
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Sujet: Re: Love is always showing where you least expect it. (bellamy)  |  Dim 13 Aoû - 12:49
Love is always showing where you least expect it.

Bellamy
&
Andrea

Il avait changé, en quatre ans, ces quatre années pendant lesquelles il était passé de l'adolescent à l'adulte. Il lui était arrivé des choses qui l'avaient transformé et construit, et malgré tout, il ne pouvait pas vraiment regretter. Regretter, ça voudrait dire regretter Bellamy avec. Ca, premièrement, il n'en était pas capable et n'en avait pas envie. Le jeune homme avait été l'une des seules bonnes choses jusqu'à présent, et Andrea n'était pas capable de se dire ne serait-ce qu'une seconde que tout aurait été plus simple sans lui. Même s'il y avait du vrai là-dedans. Même si c'était totalement vrai, mais où était l'intérêt à avoir la vie facile ? L'amour, ce n'était pas censé être facile... Du moins, c'était ce que Andrea avait cru comprendre. Il ne connaissait pas grand chose à l'amour, tout ce qu'il en savait se résumait à Bellamy, et ça faisait donc près de quatre ans qu'il vivait en ignorant tout de ce sentiment. Autant l'amour que le désir, d'ailleurs. Ce n'avait même pas été un choix, ça s'était juste fait comme ça, tout seul, parce qu'il n'avait jamais réussi à tomber sur qui que ce soit qui aurait pu provoquer ce genre de chose chez lui, parce qu'il vivait bien sans et ne se posait pas de questions là-dessus. Il y avait bien eu cette unique fois où quelque chose aurait pu se passer, avec ce garçon, alors qu'ils étaient tous les deux emprisonnés, mais ils n'avaient pas eu le temps d'aller bien loin. Plus Andrea y pensait de toute façon, et plus il réalisait que ça n'avait été qu'un moyen de se distraire, sur le coup, une tentative ridicule pour trouver quelque chose de bien dans un endroit dégueulasse. Qu'en-dehors de leur prison, rien ne se serait jamais passé. C'était encore une chose qu'il pouvait se reprocher, une de plus sur la longue liste. Alors pour en revenir aux regrets, c'était sûr qu'il pouvait se dire qu'il aurait pu éviter de nombreux problèmes en choisissant de ne pas se lancer dans cette histoire avec Bellamy, de la laisser crever avant même qu'elle ne puisse grandir. La tentative de meurtre, le déménagement, l'internement... puis aussi tout ce à quoi Bellamy et sa famille avaient du faire face. Ce qu'il ignorait, ce qui avait pu arriver à Bell pendant tout ce temps, depuis leur séparation, et que le jeune homme n'avait pas raconté ou expliqué, tout comme Andrea avait tu pour le moment ses propres expériences. Les expériences désagréables qu'il aurait pu éviter aussi si seulement les choses s'étaient passées autrement. Mais c'était encore quelque chose qu'il avait du mal à regretter, ça aussi. Même s'il en faisait encore des cauchemars, et même si ça le hantait, si ça le poursuivrait probablement jusqu'à sa mort... Au final, ça l'avait construit, et il était plutôt fier de ce qu'il était devenu, du jeune homme qu'il était. Indépendant, en pleine réussite scolaire, avec un avenir brillant, un peu plus de confiance en lui et des convictions solides. Il essayait de faire du mieux qu'il pouvait, et ça lui suffisait pour être majoritairement en paix avec lui-même. Sans tout ça, il se demandait bien où il aurait fini ? Probablement pas à l'université, probablement trop préoccupé par son propre avenir pour avoir assez d'énergie pour en donner encore. Peut-être toujours à Tijuana, à tenter de gagner sa vie, en se cachant parce que s'exprimer librement là-bas, pour lui, ça aurait été impossible. Est-ce qu'il se serait plié à la volonté de ses parents ou est-ce que même sans tout ça, il les aurait effacés de sa vie ? Ca faisait tout un tas de "et si", et merde, ça n'avait aucun sens de penser à tout ça. Il était là, avec Bellamy, est-ce qu'il pouvait être plus heureux que ça ? Franchement ? Après tout ce temps et toutes ces épreuves, ces doutes, ils étaient là. Andrea ne regrettait rien du tout. Le passage à tabac et l'internement, ça prenait tout son sens, c'était accepté et pardonné parce qu'au final, ils étaient tous les deux là, sur un banc, en plein Miami. Libres. Ils n'étaient plus à Tijuana, surveillés et méprisés, ici ils étaient adultes et libres de faire ce qu'ils voulaient. Mais ce n'était pas le moment de s'enflammer parce que quatre années avaient passé, Bellamy était peut-être en couple, marié, installé avec son mec ou sa nana dans un joli petit pavillon à vivre le parfait rêve américain, avec le chien, le chat, et les gamins qui couraient dans le jardin. Anddrea en doutait fortement, mais c'était possible. Tout aurait pu arriver en quatre années. Il fallait qu'il se refroidisse un peu, qu'il calme son espoir, juste au cas les nouvelles n'étaient pas si bonnes. Pourtant, il l'avait bien trouvé là, à vendre de la drogue dans une rue un peu pourrie, et c'était totalement hors du temps. Ca aurait pu se passer cinq ans plus tôt ou dix ans plus tard. Rien n'avait l'air d'avoir changé. Juste quelques tatouages en plus, quelques cicatrices, deux voix un peu plus matures, des lueurs dans leurs yeux qui n'étaient plus exactement les mêmes. C'était si semblable, mais quatre ans de vide les séparaient et tout aurait pu arriver. Malgré ça, Andrea savait bien que le parfait rêve américain, ce n'était pas pour eux. Ni l'un ni l'autre. Ils n'avaient pas le sang pour. Et tout en mangeant, Andrea essayait d'être honnête quant à son passé, sa relation avec sa famille, mais il comprit très vite que là, comme ça, c'était impossible de parler. Pourtant, il crevait d'envie de raconter à Bellamy ce qui était arrivé, et il crevait d'envie de tout savoir sur Bell, même les pires choses. Ca le brûlait de l'intérieur, parce qu'ils voulaient qu'ils soient comme ça à nouveau, à se connaître par coeur, tout savoir l'un de l'autre sans la moindre pudeur, et pouvoir partager tout ça. Comme à l'époque. Il crevait d'envie, mais pas tout de suite. Après manger, qu'il lui dit. « Comme tu le sens » Ce fut bref, simple, efficace, et ils reprirent leur repas là où ils en étaient. Après s'être battu avec ses spaghettis, il commença à raconter sa vie à Bellamy, lui parler de tout et n'importe quoi, ses études par exemple, sans entrer dans les détails parce que merde ça faisait quatre ans, ce n'était pas le moment de lui expliquer le nombre d'heures de cours par semaine, les différentes matières, ses résultats aux examens, le nom de ses profs, ses diverses possibilités de poursuites d'études, les toilettes du troisième étage toujours bouchés, les vols de stylos... Il se contenta de lui dire que ça marchait bien pour lui. « Ça m’étonne pas » Andrea haussa les épaules, lui non plus n'était pas trop étonné, mais disons qu'avec tout ce qui était arrivé, il aurait très bien pu laisser tomber tout ça. Les choses avaient cessé d'être des évidences pour lui, depuis sa sortie du centre. Il avait eu l'impression de tout recommencer à neuf, comme s'il sortait de la maternité et qu'on lui avait dit choisis ta vie, choisis qui tu veux être. Il aurait pu tirer un trait sur tout ce qu'il avait été avant, y compris la case bon élève. Il reprit pour parler rapidement de son appartement et de sa torture, Hector, puis il lança un regard à Bellamy pour qu'il comprenne que c'était à lui de parler. « Hm, moi aussi je vis seul… Sans tortue » il fit doucement, et ce fut au tour d'Andrea d'être soulagé. Adieu le pavillon, le mariage, les gamins, le chien, le chat. Et la tortue. Il prit un air faussement déçu. « Nul » commenta-t-il au sujet de l'absence de tortue. Bizarrement, au milieu de toutes les petites scènes que son imagination pouvait lui apporter, au sujet de lui et Bellamy, il y avait brièvement eu l'idée de faire se rencontrer leurs tortues. Et c'était clairement tiré par les cheveux et insensé, mais ça avait fait sourire Andrea. Tant pis, il n'y aurait pas d'amitié entre tortues. « J’ai déménagé en rentrant de Tijuana, parce que… Disons que j’avais quelques… soucis dans mon ancien appart » Oh. Andrea fronça un peu les sourcils, il espérait que ce n'était rien de grave, mais connaissant Bellamy, il savait aussi que "soucis" pouvait vouloir dire tout et n'importe quoi. Des problèmes de voisins ? Ou avec le propriétaire ? Bref, ce n'était peut-être pas important, et si Bellamy décidait de ne pas en parler et de passer à la suite, ça lui convenait tout autant.  « Et… ça va peut-être t’étonner mais j’ai fait des études, aussi. De psychologie. Je savais pas trop pour quoi, j’avais pas vraiment de métier en tête, mais… j’aimais assez. Puis j’ai arrêté, parce que… parce que, je sais pas. C’est comme ça que je fonctionne, je suppose » Il écouta doucement Bellamy. Psychologie. Etrange, et peut-être bien qu'il y avait une raison à ce choix... quelque chose. Un truc dont lui-même n'avait pas trop conscience. Et Andrea était curieux, un peu trop peut-être. « Je vivote » Ca, ça lui ressemblait bien. Andrea n'était pas idiot, il comprenait bien ce que ça voulait dire. Bell était là, plusieurs soirs par semaine certainement, à vendre de la drogue et faire d'autres trucs tout aussi illégaux, sans doute. Andrea s'en fichait, ça ne le dérangeait pas, c'était juste un détail de plus qui n'avait pas changé. C'était presque rassurant. « Ma mère va vouloir t’inviter à manger si elle apprend que tu es ici » il ajouta en souriant, mais c'était plutôt surprenant pour Andrea. Il n'aurait pas pensé... Il s'était toujours bien entendu avec elle, mais tout de même. « T'es sûr qu'elle voudra avoir à sa table celui qui a presque été responsable de la mort de son fils ? » il interrogea subitement, avec son étrangeté légendaire, sa capacité à oublier sa légère timidité le temps d'un instant pour laisser sortir une telle phrase. Sans le moindre filtre, réalisant seulement après coup que ça avait été un peu brutal, même avec toute son innocence, parce qu'il était sérieusement surpris. Il se pinça la lèvre. « Mais euh oui. Si elle veut. Ca me ferait plaisir. » il tenta de se rattraper doucement, un peu hésitant, comme un gamin avant de se remettre à manger. Parfois, il aurait réellement de se mettre des claques. Mais ça ne lui aurait servi à rien, à part passer pour un vrai cinglé devant Bellamy. Il espérait juste que sa remarque ne gâcherait pas tout, ne dresserait pas subitement un mur entre eux. Il ne voulait pas que les choses difficiles soient tues, il ne voulait surtout pas que ça devienne un territoire interdit d'accès, parce qu'Andrea voulait tout partager avec Bellamy. Il ne trouvait pas ça sain, ou beau ou intelligent, de garder les mauvais souvenirs bien dissimulés. Andrea continua de manger, et rapidement, il arriva au fond de son plat, à racler le carton. « Et, euh… Tu as quelqu’un dans ta vie, ou… ? » Oh, la fameuse question. Pour le coup, la réponse n'avait rien de délicat et fut particulièrement spontanée une fois encore. Il secoua la tête, faisant une petite grimace qui excluait immédiatement la possibilité qu'il y ait quelqu'un. « Nope » il fit, appuyant le P. Il n'y avait pas d'histoire à raconter, de rupture, de tentatives amoureuses ratées, de déception ou de désillusion. C'était juste... une sorte de non-sujet pour lui. Ou du moins, ça l'avait été jusqu'à ce qu'il se retrouve à nouveau avec Bellamy. Il aurait pu ajouter qu'il n'était jamais vraiment passé à autre chose, qu'en quatre ans, il avait surtout cherché à le trouver lui. Que depuis leur dernière nuit ensemble, il n'en avait connue aucune autre, avec personne d'autre. Il n'était pas sûr que ce soit quelque chose à dire, qu'il n'avait pas eu de corps chaud contre le sien depuis quatre ans. « Toi ? » il demanda, incapable de prononcer plus de mots que ça. Il en était venu à espérer, parce que si lui était célibataire, et si Bellamy l'était aussi... alors il y avait une possibilité. Une chance pour essayer, quelque chose dans ce genre-là. C'était la grande question, et si Bellamy lui disait qu'il y avait quelqu'un... ça ferait mal. Clairement. Après un moment, il posa son plat désormais vide sur le banc à côté de lui. « Tu veux venir chez moi ? » il proposa subitement, tout en réalisant que c'était peut-être... pas la bonne question, chargée de sous-entendus dont il ne voulait pas. Que Bellamy risquait de mal interpréter son invitation. Andrea voulait simplement l'inviter dans son espace, son appartement où ils seraient tranquilles, juste eux deux, sans public. Ils pourraient parler de ce qu'ils voudraient. Chez lui, juste eux deux pour la soirée, comme au bon vieux temps.

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